Le dialogue entre Basaglia et Jean-Paul Sartre sur la fonction révolutionnaire de l'intellectuel (« sartrien » ou « gramscien ») qui ouvre le chapitre premier de Criminels de paix, dernier ouvrage collectif auquel aura participé Basaglia, montre quelles interrogations sous-tendaient la démarche de celui-ci en 1961.
Sur cette parole que
le technicien bourgeois accepte automatiquement la gestion de l'institution [...] comme si les définitions que sa propre intervention confirme ne dépendaient pas de luiBasaglia demande à Sartre :
« Quels sont, d'après vous, les problèmes théoriques et pratiques du technicien en face de la réalité, compte tenu de ce que la réalité elle-même dans laquelle nous vivons n'est que l'idéologie ? »Sartre répond :
... une idéologie née de la pratique, et c'est exactement celle-ci que nous devons mettre au point maintenant. Et ce ne sont pas les intellectuels qui doivent le faire, mais l'ensemble des individusAprès avoir décidé de faire sortir de l'hôpital de Gorizia, marqué par une longue tradition asilaire, ceux qui y étaient internés, Basaglia s'efforce de rendre compte, à l'adresse de l'Italie et des autres pays, de la signification politique de l'événement et publie alors L'Institution en négation....
A la lecture de ces lignes, on se rend compte de la place importante que prennent l'idéologie et la politique dans l'oeuvre de Franco Basaglia : était communiste autant que psychiatre, si pas plus, et il semble plus préoccupé de la signification politique de son action que du bien-être de ses patients, comme en témoigne la loi 180, adoptée en Italie sur son influence (et dans aucun autre pays européen) et qui a privé, pendant des décennies, d'une aide psychiatrique adaptée des milliers de patients souffrant de troubles aigus ou chroniques.
Source : Encyclopaedia Universalis
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